La Bretagne c’est le plus fort dépaysement au plus près de chez vous
Il est inutile de se voiler la face, le climat fait partie des handicaps de la Bretagne pour l’activité touristique. Pas le climat en lui-même, bien sûr, mais le mauvais, celui qui amène un peu trop de gris dans le ciel et de pluie sur la terre !
On dit souvent qu’il faut toujours essayer de faire d’un point faible un point fort, le tourner à son avantage. Plus facile à dire qu’à faire !
Un été médiocre et 3 à 4 années seront nécessaires pour récupérer les parts de marché perdues. C’est à dire, faire revenir ceux qui ont été douchés – dans le sens figuré comme dans le sens propre - !
C’est surtout pour les vacances d’été que le visiteur est le plus sensible aux aléas climatiques.
Car l’été, le touriste vient pour bronzer, farnienter sur la plage ou autour de la piscine.
Prévenir ce risque avec une piscine couverte et chauffée est certainement une bonne chose.
En tant que conseiller en marketing-communication touristique, j’échange souvent avec mes clients bretons sur ce sujet.
Une PME type camping ou village vacances, qui fait entre 500 000 et 2 millions d’euros, doit faire des choix dans ses investissements. Suivant son chiffre d’affaire, il pourra ou ne pourra pas réaliser un tel investissement .
Il est de toute façon nécessaire de communiquer globalement sur la Bretagne. C’est le rôle du CRT et des 5 CDT.
Nous avons l’exemple de l’Irlande. En substance, leur message a longtemps été : « Il pleut souvent chez nous , c’est pour cela que l’Irlande est si verte » ou bien « mais il fait toujours soleil dans nos pubs ! »
En axant leurs messages sur la chaleur conviviale des irlandais et sur la beauté des paysages, ils ont marqué des points et gagné des parts de marché.
Pour nous bretons, mettre en avant, notre culture vivante et pas seulement « vitrine » c’est à dire populaire et participative comme les festou noz , nos racines celtes et notre langue, notre forte identité, nos paysages divers et tous plus sublimes les uns que les autres, c’est à faire et c’est déjà fait !!
Pas assez ? Sans doute ....
Mais inutile d’entretenir de faux espoirs , l’été il faut autre chose !
Mes études marketing dans le tourisme m’ont amené à faire deux constats fondamentaux :
1- Les « clients sont souvent les mêmes en été et au printemps ou à l’automne.
2- Ils ne recherchent pas la même chose aux vacances de juillet-août et aux séjours fugues d’avril- mai ou de septembre-octobre.
La notion véhiculée à une époque du ‘ bronzer idiot’ est … idiot.
Même si nous savons qu’en Bretagne nous avons une clientèle
moyenne supérieure et haut de gamme, il n’empêche que ce besoin de farniente
avec soleil est une demande d’été .
La Bretagne est donc naturellement mieux armée, pour des séjours de mi-saison
ou saison intermédiaire . Là, les randonnées, les balades, les activités
de découverte et culturelles sont notre point fort ( sauf le vélo, où l’absence
de pistes cyclables est un handicap, ce qui explique l’engouement des
néerlandais pour l’Aquitaine où vous pouvez sans interruption emprunter les pistes cyclables de la Pointe du
Verdon jusqu’au Pays Basque.)
Si la mi-saison tend à se développer –RTT, seniors, temps libre …-le chiffre d’affaire principal se fait toujours l’été .
En plus des investissements privés dans des espaces aquatiques, avec l’eau chauffée et parfois couverts, on voit maintenant pousser ça et là de grands complexes aquatiques inspirés des Centers Parks et financés par les collectivités locales.
Le coût de fonctionnement est très important. On sait trop bien aussi que toute gestion non privée est souvent peu efficiente et que le contribuable est alors trop sollicité !
Peut-on considérer ces créations comme capables d’amortir, en quelque sorte, l’effet négatif d’un climat parfois capricieux ?
J’émets des réserves. Ces structures accueilleront les locaux et les visiteurs ?
Pourront-ils se côtoyer sans problème ?
Les citadins des grandes métropoles européennes sont déjà habitués à ces immenses piscines municipales hors sol et artificielles . Le sentiment d’exotisme qu’ils recherchent ne sera pas au rendez-vous et pire ils risquent d’avoir une impression de déjà vu .
La Bretagne c’est le plus fort dépaysement au plus près de chez vous.
Cette accroche qui n’existe pas encore je la conseillerais volontiers au CRT Bretagne !
C’est aussi une réponse à l’offre vol-séjour low- cost , aux prix parfois peu élevés et qui vous emmène à l’autre bout du monde.
La Bretagne c’est aussi la sécurité. Le phénomène de rassurance est un des premiers critères de choix d’une destination aujourd’hui.
C’est une autre réponse à la concurrence vol-séjour low- cost.
Pour revenir aux
immenses complexes aquatiques publics , il faut prendre garde.
Ne dénaturons pas l’esprit d’authenticité de la Bretagne.
La réflexion doit donc faire naître le débat afin d’éviter des erreurs de stratégie aux effets parfois dévastateurs.
Comment l’offre de tourisme en Bretagne doit évoluer dans les décennies à venir ?
Les professionnels du marketing tourisme et loisirs sont au cœur de ce débat, bien évidemment.
Et je souhaite que ce texte génère des échanges certainement fructueux dans notre blog Bretagne B to B .
réponse à votre intervention
Je ne suis pas dans le tourisme et Breton d'adoption depuis 5 ans seulement. Mais sur la question du temps en Bretagne, que pensez-vous de la réaction unanime des habitants de cette belle région lorsqu'il pleut et qu'ils disent: "tant mieux ça fera un peu moins de touriste cet été" Je l'ai entendu souvent et même dans la bouche de personnes travaillant dans la restauration.
J'ai beaucoup voyagé, en France et à l'étranger ; je pense que le mal Français dans le tourisme est plus l'accueil que le temps. Vous avez raison quand vous parler de prévoir une piscine couverte en cas de manque de soliel, mais encore plus raison lorsque vous parlez de la valorisation de l'Irlande qui a su jouer avec ses "faiblesses"et inventer des formules qui marchent (pêche, randonnées, languistique, culturelle, ect).
Dans tous commerces, il faut savoir innover et marketer. Soignons notre accueil, formons le personnel touristique, sachons faire venir les étrangers lointains, Italiens, Espagnols, Américains, Canadiens, Japonais, qui viendront cherchez chez nous plus que du soleil : la richesse d'une indentité culturelle que tant d'autres régions nous envie.
Amicalement Henri