580.000 euros pour une non-traduction...
Une
société française qui pensait faire des économies en ne faisant pas
traduire ses documents internes de l'anglais vers le français s'est
placée en illégalité par rapport à "la politique de la langue
française, qui garantit aux citoyens un « droit au français », non
seulement dans leur vie quotidienne de consommateurs mais également de
travailleurs."
Sa condamnation par la justice lui coûte cher...
et elle devra tout de même faire appel à des services de traduction, en
urgence, pour se conformer au jugement rendu.
Cette société
paiera ses traductions au "tarif d'urgence" et conformément au jugement
rendu par la cour d'appel de Versailles, elle devra verser aux
représentants du personnel "la somme de 580.000 euros (liquidation de
l'astreinte fixée en première instance et non versée) ainsi qu'une
pénalité de retard de 20.000 euros par infraction, c'est-à-dire par
document dont les traductions ne sont pas fournies passé un délai de
trois mois après la signification de l'arrêt. Le non-respect de cette
loi est sanctionné d'une peine d'amende prévue pour les contraventions
de 4e classe, avec le droit de prononcer autant d'amendes qu'il y a de
produits en infraction."
Par ce jugement fort, la cour d'appel
de Versailles rappelle l'obligation d'utilisation de la langue
française qui s'applique aux documents communiqués aux salariés.
En
effet, "la loi du 4 août 1994 dite « loi Toubon » comporte des
dispositions relatives à l'usage du français dans l'entreprise. Elle a
ainsi modifié le Code du travail afin de permettre à tout salarié
français d'employer le français comme langue de travail et a introduit
l'obligation pour l'employeur de rédiger en français « tout document
comportant des obligations pour le salarié ou des dispositions dont la
connaissance est nécessaire à celui-ci pour l'exécution de son travail
» (2). La circulaire du 19 mars 1996 considère que sont visés « les
documents comptables ou techniques nécessaires à l'exécution d'un
travail (par exemple : les livrets d'entretien utilisés par un service
de maintenance) » (3). Elle précise aussi que le respect des règles de
sécurité à l'intérieur de l'entreprise implique que les modes d'emploi
ou d'utilisation de substances ou de machines dangereuses d'origine
étrangère et destinées à être utilisées par les salariés soient
également rédigés ou traduits en français."
"Filiale d'un groupe
international fabriquant des appareils d'imagerie médicale diffusés
dans le monde entier, la société GEMS pensait pouvoir s'abriter
derrière l'exception prévue à l'article L. 122-39-1 aux termes de
laquelle les « documents reçus de l'étranger ou destinés à des
étrangers » échappent à cette obligation."
"La société a fait
valoir qu'en diffusant une partie de ses documents internes en anglais
elle se conformait à la pratique des entreprises dont l'activité est
internationale. Ses arguments ont été balayés en première instance puis
devant la cour, compte tenu de la situation très particulière de la
société : 40 % de l'effectif de GEMS est en effet constitué de salariés
embauchés avant le rachat de la CGR par General Electric et ne
maîtrisant pas l'anglais. Dans la mesure où les documents en cause sont
rédigés en France et s'adressent à des Français ou des francophones, en
l'occurrence « plus de 300 techniciens en France, chiffre auquel il
convient d'ajouter les membres du personnel français ou francophones
ayant d'autres qualifications, et relevant de BUC », la cour d'appel
considère que cette situation ne relève pas de l'exception prévue à
l'article L. 122-39-1."
Le choix de ne pas recourrir à des
services de traduction peut indubitablement se révéler une fausse
économie. Afin d'éviter un surcoût, il est donc préférable de faire
traduire vos documents internes...
Source : Les Echos - 10 mars 2006
http://www.lesechos.fr/info/rew_metiers/4393874.htm